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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

Affichage du corpus

En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

51/430 [Ann] III, 1 Attitude de la foule à l'arrivée d'Agrippine à Brindes
Une foule bigarrée se regroupe à Brindes, où doit débarquer Agrippine, et s'interroge sur l'attitude convenable à adopter face à la veuve de Germanicus.
Atque ubi primum ex alto uisa classis, complentur non modo portus et proxima maris, sed moenia ac tecta, quaque longissime prospectari poterat, maerentium turba et rogitantium inter se silentione an uoce aliqua egredientem exciperent . […] Postquam duobus cum liberis, feralem urnam tenens, egressa naui defixit oculos, idem omnium gemitus ; neque discerneres proximos alienos, uirorum feminarumue planctus. Et dès que l’on aperçut la flotte au loin, ce ne sont pas seulement le port et le rivage qui sont pris d’assaut, mais aussi les murs et les toits et tous les endroits qui permettaient d’observer le grand large – foule endeuillée qui s’interrogeait : fallait-il accueillir son arrivée par le silence ou avec quelque cri ? Lorsque, accompagnée par deux enfants et portant l’urne funéraire, elle fut sortie du navire et qu’elle eut baissé les yeux, chez tous, le même gémissement ; et l’on ne pouvait même pas distinguer les proches amis des étrangers, les cris de douleur des hommes de ceux des femmes.
52/430 [Ann] III, 2 Lamentation du cortège d'Agrippine qui rentre à Rome
La marche d'Agrippine, portant les cendres de Germanicus, est accompagnée des déplorations des habitants des villes que le cortège traverse.
Etiam quorum diuersa oppida, tamen obuii et uictimas atque aras dis Manibus statuentes lacrimis et conclamationibus dolorem testabantur . […] Consules M. Valerius et M. Aurelius (iam enim magistratum occeperant) et senatus ac magna pars populi uiam compleure, disiecti et ut cuique libitum flentes . Même les citoyens de villes distantes venaient toutefois à leur rencontre, sacrifiaient des victimes et dressaient des autels aux dieux Mânes ; par leurs larmes et leurs lamentations communes, ils témoignaient de leur douleur. Les consuls M. Valérius et M. Aurélius (en effet, ils étaient déjà entrés en fonction), le sénat et une grande partie du peuple se répandirent sur la route, çà et là, chacun pleurant selon son bon vouloir.
53/430 [Ann] III, 4 Funérailles de Germanicus
Même si la crémation du corps a été faite à Antioche, Germanicus est inhumé à Rome, et les honneurs funèbres lui y sont rendus. Tacite décrit la déploration collective et le désespoir de toute la cité (soldats, sénat, peuple) qui assistent à la cérémonie.
Dies quo reliquiae [Germanici] tumulo Augusti inferebantur modo per silentium uastus, modo ploratibus inquies ; plena urbis itinera, conlucentes per campum Martis faces. Illic miles cum armis, sine insignibus magistratus, populus per tribus concidisse rem publicam, nihil spei reliquum clamitabant, promptius apertiusque quam ut meminisse imperitantium crederes. Nihil tamen Tiberium magis penetrauit quam studia hominum accensa in Agrippinam, cum decus patriae, solum Augusti sanguinem, unicum antiquitatis specimen appellarent uersique ad caelum ac deos integram illi subolem ac superstitem iniquorum precarentur. Le jour où l’on apportait ses restes au tombeau d’Auguste, tantôt la désolation faisait régner le silence, tantôt les cris de lamentation agitaient la ville ; les routes étaient remplies, les torches, au Champ de Mars, brillantes. Là se tenaient les soldats en armes, là, sans leurs insignes, les magistrats, le peuple groupé par tribus ; « l’État s’écroule ! Il ne reste aucun espoir ! » : voilà ce qu’ils ne cessaient de crier, et ce avec trop de naturel et de franchise pour que l’on puisse croire qu’ils se souvenaient de ceux qui les gouvernaient. Et pourtant, rien ne fut plus vivement ressenti par Tibère que la ferveur ardente de ces gens pour Agrippine, alors qu’ils lui donnaient le nom d’honneur de la patrie, d’unique sang d’Auguste, de dernier exemple des mœurs de jadis, et que, se tournant vers le ciel et les dieux, ils priaient pour que la descendance d’une telle femme soit épargnée et survive à ces temps d’injustice
54/430 [Ann] III, 5-6 Rumeurs critiquant l'organisation des honneurs funèbres rendus à Germanicus
Pendant (ou après) les « funérailles » de Germanicus à Rome, on entendit, selon Tacite, des commentaires, qualifiés ensuite de rumeurs, critiquant l'attitude de Tibère, en retrait, et les maigres honneurs rendus à Germanicus à cette occasion.
Fuere qui publici funeris pompam requirerent compararentque quae in Drusus patrem Germanici honora et magnifica Augustus fecisset. Ipsum quippe asperrimo hiemis Ticinum usque progressum neque abscedentem a corpore simul urbem intrauisse ; circumfusas lecto Claudiorum Iuliorumque imagines ; defletum in foro, laudatum pro rostris, cuncta a maioribus reperta aut quae posteri inuenerint cumulata : at Germanico ne solitos quidem et cuicumque nobili debitos honores contigisse. Sane corpus ob longinquitatem itinerum externis terris quoquo modo crematum ; sed tanto plura decora mox tribui par fuisse quanto prima fors negauisset. Non fratrem nisi unius diei uia, non patruum saltem porta tenus obuium. Vbi illa ueterum instituta , propositam toro effigiem, meditata ad memoriam uirtutis carmina et laudationes et lacrimas uel doloris imitamenta  ? (6) Gnarum id Tiberio fuit ; utque premeret uulgi sermones, monuit edicto multos inlustrium Romanorum ob rem publicam obisse, neminem tam flagranti desiderio celebratum. Il y en eut pour réclamer l’apparat attaché aux funérailles publiques, et pour comparer le sublime des honneurs faits par Auguste à Drusus, le père de Germanicus. De fait, disaient-ils, l’empereur en personne, au plus rude de l’hiver, s’était avancé jusqu’à Ticinum et, sans s’éloigner du corps, était entré en même temps que lui dans la ville ; son lit avait été entouré des portraits de Claudii et de Iulii ; on l’avait pleuré sur le forum, loué aux rostres, faisant appel à tout ce que les ancêtres avaient imaginé ou que leurs successeurs avait inventé ; Germanicus, lui, n’avait pas même joui des honneurs traditionnellement dus à quelque personne noble que ce soit. Certes, la longueur du voyage les avait poussés à trouver un moyen de bruler son corps en terre étrangère ; mais il était d’autant plus convenable de lui attribuer plus d’honneur que le hasard l’avait d’abord empêché. Mais son frère ne s’était présenté que lorsqu’il était à un jour de voyage, et son oncle n’était pas même allé aux portes ! Où donc étaient passé les fameuses institutions des ancêtres, la statue posée devant le lit funèbre, les poèmes crées à la mémoire de sa valeur et les éloges, et les larmes, ou du moins l’imitation de la douleur ? (6) Tibère appris ces mots ; et pour réprimer les paroles de la foule, il fit observer par un édit que de nombreux Romains illustres étaient morts pour l’État, mais que personne d’avait été honoré d’un regret si brûlant.
55/430 [Ann] III, 7 Plaintes contre Pison
À l'issue de la période de deuil, les esprits se tournent vers Pison, dont l'attitude suspecte, en Orient, est critiquée.
Tum exuto iustitio reditum ad munia et Drusus Illyricos ad exercitus profectus est, erectis omnium animis petendae e Pisone ultionis et crebro questu, quod uagus interim per amoena Asiae atque Achaiae adroganti et subdola mora scelerum probationes subuerteret. Nam uulgatum erat missam, ut dixi, a Cn. Sentio famosam ueneficiis Martinam subita morte Brundisii extinctam, uenenumque nodo crinium eius occultatum nec ulla in corpore signa sumpti exitii reperta. La période de suspension des affaires déclarée terminée, l’on retourna à ses devoirs et Drusus partit pour l’armée d’Illyrie ; tous les esprits restaient mobilisés à la recherche d’une vengeance contre Pison, et l’on entendait fréquemment des plaintes de ce qu’il vivotait pendant ce temps au milieu des délices de l’Asie et de l’Achaïe, supprimant par un fourbe retard, symbole de sa superbe, les preuves de ses crimes. En effet, le bruit s’était répandu que l’envoyée de Cn. Sentius, comme je l’ai dit, Martine, dont les poisons faisaient la gloire, s’était éteinte d’une mort subite à Brindes, et que du venin avait été caché dans le nœud que formaient ses cheveux, sans que l’on eût trouvé sur son corps quelque trace d’un suicide.
56/430 [Ann] III, 9 Rumeurs sur le retour de Pison à Rome
Des rumeurs (courant à Rome, sans doute) affirment que Pison s'est conduit de manière suspecte avec ses soldats lors de son retour à Rome.
Eaque res agitata rumoribus ut in agmine atque itinere crebro se militibus ostentauisset. Ce fut une chose très discutée par des rumeurs que la manière dont il s’était fréquemment montré aux soldats pendant le trajet de la troupe.
57/430 [Ann] III, 10 Pensées de Pison à la veille de son procès
Pison voit d'un bon œil la décision de Tibère d'instruire lui-même son procès, convaincu qu'il se montrera insensible à la pression populaire (et en particulier aux rumeurs).
Petitumque est a principe [Tiberio] cognitionem [Pisonis] exciperet. Quod ne reus quidem abnuebat, studia populi et patrum metuens : contra Tiberium spernendis rumoribus ualidum et conscientiae matris innexum esse. On demanda au prince d’instruire l’enquête. Cette mesure n’était même pas combattue par l’accusé, qui craignait les ferveurs du peuple et des sénateurs ; à l’opposé, songeait-il, Tibère était fort pour mépriser les rumeurs et lié à la complicité de sa mère.
58/430 [Ann] III, 11 État d'esprit de la cité à la veille du procès de Pison
Tacite décrit l'état de tension extrême de Rome alors que le procès de Pison doit commencer.
Post quae [Drusum redientem] reo L. Arruntium, P. Vinicium, Asinium Gallum, Aeserninum Marcellum, Sex. Pompeium patronos petenti iisque diuersa excusantibus, M’. Lepidus et L. Piso et Liuineius Regulus adfuere, arrecta omni ciuitate, quanta fides amicis Germanici, quae fiducia reo ; satin cohiberet ac premeret sensus suos Tiberius. Haud alias intentior populus plus sibi in principem occultae uocis aut suspicacis silentii permisit. Après ces événements, comme l’accusé réclamait comme défenseurs Lucius Arruntius, Publius Vinicius, Asinius Gallus, Aeserninus Marcellus et Sextus Pompée et que ceux-ci alléguaient comme excuse des motifs différents, ce furent Manius Lepidus, Lucius Pison et Livineius Regulus qui le soutinrent. Toute la ville était alors dans l’attente de savoir à quel point les amis de Germanicus se monteraient fidèles, combien l’accusé ferait preuve de hardiesse, si Tibère réussirait à contenir et à réprimer ses sentiments. À aucun autre moment, le peuple ne se montra plus attentif et ne se permit plus de parler secrètement ou de faire peser des silences menaçants contre l’empereur.
59/430 [Ann] III, 14 Clameurs et rumeurs hostiles du peuple pendant le procès de Pison
Pendant le procès de Pison, le peuple, qui pensait, peut-être sur la foi d'une rumeur (dont Tacite ne fait pas mention, cependant), que le gouverneur de Syrie serait peut-être acquitté, fit entendre des clameurs devant la curie, exerçant ainsi une forte pression sur les sénateurs, avant de se demander, par une rumeur, quelle décision a été prise par le prince.
Simul populi ante curiam uoces audiebantur : non temperaturos manibus si patrum sententias [Piso] euasisset . Effigiesque Pisonis traxerant in Gemonias ac diuellebant, ni iussu principis protectae repositaeque forent. Igitur inditus lecticae et a tribuno praetoriae cohortis deductus est, uario rumore custos saluti an mortis exactor sequeretur. En même temps, l’on entendait devant la curie le bruit du peuple : à les entendre, ils ne sauraient maîtriser leurs mains si Pison échappait à la décision du Sénat. Des images de Pison, amenées aux Gémonies, allaient y être saccagées, si un ordre du prince ne les avaient pas protégées et remises en place. Pison est donc placé dans une litière et conduit par le tribun de la cohorte prétorienne, accompagné d’une rumeur hésitante sur ce gardien : le suivait-il pour s’assurer de son salut ou de son meurtre ?
60/430 [Ann] III, 15 Clameurs hostiles des sénateurs pendant le procès de Pison
La reprise du procès donne lieu à des clameurs hostiles de la part des sénateurs à l'encontre de Pison.
Redintegratamque accusationem, infensas patrum uoces , aduersa et saeua cuncta perpessus, nullo magis exterritus quam quod Tiberium sine miseratione, sine ira, obstinatum clausumque uidit, ne quo adfectu perrumperetur . On reprit l’accusation, sous les bruits hostiles des sénateurs et toute la cruauté de leur opposition : il endura cela, mais rien ne le terrifia plus que l’attitude dépourvue de compassion et de colère de Tibère, qu’il voyait obstiné et fermé afin qu’aucun sentiment ne se fît jour.
61/430 [Ann] III, 17 Indignation des « gens de bien » contre l'acquittement de Plancine
Protégée par Livie, Plancine (Munatia Plancina), la femme de Pison, fut acquittée. Cette décision suscita de longues plaintes indignées d'un groupe assez peu défini (les « gens de bien »), dans un contexte lui aussi peu déterminé (au sénat ? dans les rues ?).
Pro Plancina cum pudore et flagitio disseruit, matris preces obtendens , in quam optimicuiusque secreti questus magis ardescebant. Id ergo fas auiae interfectricem nepotis adspicere, adloqui, eripere senatui. Quod pro omnibus ciuibus leges obtineant, uni Germanico non contigisse. Vitellii et Veranii uoce defletum Caesarem, ab imperatore et Augusta defensam Plancinam. Proinde uenena et artes tam feliciter expertas uerteret in Agrippinam, in liberos eius, egregiam auiam ac patruum sanguine miserrimae domus exsatiaret. Il parla en faveur de Plancine avec une retenue scandaleuse, prétextant les prières de sa mère, contre laquelle s’enflammaient plutôt les plaintes secrètes de tous les gens de bien. Il était donc permis à une grand-mère de regarder la meurtrière de son petit-fils, de lui parler, de l’arracher des mains du Sénat ! Les droits garantis par les lois à tous les citoyens ne concernaient donc pas le seul Germanicus ! Les voix de Vitellius et de Véranius  avaient pleuré César, mais l’empereur et Augusta, eux, avaient défendu Plancine ? Eh bien ! qu’elle tournât donc ses techniques d’empoisonneuse qui avaient fait leurs preuves avec tant de réussite contre Agrippine, contre ses enfants ! Qu’elle satisfît donc une aïeule et un oncle hors pairs du sang d’une famille si malheureuse !
62/430 [Ann] III, 18 Évocation du futur empereur Claude
L'oubli de Claude de la liste des « vengeurs » de Germanicus est l'occasion pour Tacite de rappeler le curieux destin du futur empereur, que tout le monde, y compris la fama semble négliger.
Quippe fama , spe, ueneratione potius omnes destinabantur imperio quam quem futurum principem fortuna in occulto tenebat. En effet, la voix publique, l’espoir, le respect désignaient à l’empire tous plutôt que celui que la fortune réservait, en secret, au rôle de futur prince.
63/430 [Ann] III, 19 Rumeurs diverses à propos de la mort de Germanicus
Terminant le récit des conséquences de la mort de Germanicus, Tacite évoque les nombreuses rumeurs qui en résultèrent, et en tirent une loi générale sur la course des bruits publics.
Is finis fuit ulciscenda Germanici morte, non modo apud illos homines qui tum agebant, etiam secutis temporibus uario rumore iactata. Adeo maxima quaeque ambigua sunt, dum alii quoquo modo audita pro compertis habent, alii uera in contrarium uertunt, et gliscit utrumque posteritate. Ce fut-là la fin des mesures pour venger la mort de Germanicus ; une rumeur diverse en fit un objet de débat non seulement chez les contemporains, mais aussi dans la période qui suivit. En effet, c’est à ce point que les événements les plus importants sont obscurs, certains considérant comme véridique ce qu’ils ont pu, d’une façon ou d’une autre, entendre, d’autres transformant la réalité en son contraire : la postérité se charge d’amplifier ces deux comportements.
64/430 [Ann] III, 23 Plainte des spectateurs du théâtre à l'égard de Lepida
Æmilia Lepida, fille de Lépide le Jeune, est accusée d'adultère, d'empoisonnement et de lèse-majesté. Elle cherche à obtenir la clémence en se rendant au théâtre et en attirant les plaintes des spectateurs.
Lepida ludorum diebus qui cognitionem interuenerant theatrum cum claris feminis ingressa, lamentatione flebili maiores suos ciens ipsumque Pompeium, cuius ea monimenta et adstantes imagines uisebantur, tantum misericordiae permouit ut effusi in lacrimas saeua et destanda Quirinio clamitarent, cuius senectae atque orbitati et obscurissimae domui destinata quondam uxor L. Caesari ac diuo Augusto nurus dederetur . Au cours des jours de jeux qui avaient interrompu l’instruction, Lepida entra au théâtre avec des femmes illustres et fit appel, avec des gémissements pitoyables, à ses ancêtres et jusqu’à Pompée, dont on pouvait contempler l’œuvre et les statues à l’entour. Elle provoqua ainsi un tel sentiment de pitié que l’on se répandît en larmes en ne cessant de crier des injures cruelles à Quirinius : c’était à sa vieillesse stérile, selon eux, à sa maison complètement inconnue qu’on livrait celle qui, autrefois, était destinée à épouser L. César et à devenir la bru du divin Auguste.
65/430 [Ann] III, 29 Réactions diverses au destin des enfants de Germanicus
Tacite regroupe dans ce chapitre différentes mesures relatives à la domus impériale. L'élévation de Nero, qui bénéficie d'une dérogation pour exercer la questure avant l'âge légal, suscite des réactions ironiques au sénat, tandis que son mariage avec la fille de Drusus (Julia) est accueilli par une rumeur positive. Dans le même temps, la progression de Séjan à l'intérieur de la domus Augusta (sa fille allait épouser le fils de Claude) est accueillie avec fraîcheur (sans doute également parmi la plèbe).
Per idem tempus Neronem e liberis Germanici iam ingressum iuuentam [Tiberius] commendauit patribus, utque munere capessendi uigintiuiratus solueretur et quinquennio maturius quam per leges quaesturam peteret non sine inrisu audientium postulauit. […] Auctum dehinc gaudium nuptiis Neronis et Iuliae Drusi filiae. Vtque haec secundo rumore, ita aduersis animis acceptum quod filio Claudii socer Seianus destinaretur . Polluisse nobilitatem familiae uidebatur suspectumque iam nimiae spei Seianum ultra extulisse. À la même époque, Tibère recommanda au Sénat Néron, un des fils de Germanicus qui était entré dans l’adolescence ; l’empereur demanda – non sans susciter le rire de ceux qui l’écoutaient – à ce que l’enfant soit dispensé de l’obligation de passer par le vigintivirat pour briguer la questure cinq ans plus tôt que ce qui était légal. […] Ce qui augmenta ensuite la joie fut les noces de Néron César et de Julia, la fille de Drusus. Mais si une rumeur favorable reçut cette nouvelle, le fait que Séjan soit promis comme beau-père au fils de Claude suscita des sentiments contraires : Tibère semblait avoir tâché la noblesse de sa famille et avoir trop élevé Séjan, déjà suspect de nourrir des espoirs excessifs.
66/430 [Ann] III, 34 Réactions d'une partie du sénat à la proposition de loi de Caecina
En 21 ap. J.-C., Aulus Caecina Severus proposa d'interdire que les femmes des promagistrats suivent leur époux dans les provinces, ce qui suscita des réactions hostiles de la part de la majorité des sénateurs.
Paucorum haec adsensu audita ; plures obturbabant neque relatum de negotio neque Caecinam dignum tantae rei censorem. Cette proposition reçut l’approbation d’un petit nombre ; plus nombreux étaient ceux qui, le perturbant par des bruits, disaient que l’on ne débattait pas de cette affaire et que Cécina n’était pas digne de juge d’une question de cette importance.
67/430 [Ann] III, 36 Plaintes au sénat à propos es crimes de lèse-majesté
L'absence de Tibère et la relative liberté d'action donnée aux sénateurs permet à certains pères conscrits de se plaindre contre la multiplication des crimes de lèse-majesté.
Exim promptum quod multorum intimis questibus tegebatur . Incedebat enim deterrimo cuique licentia impune probra et inuidiam in bonos excitandi arrepta imagine Caesaris ; libertique etiam ac serui, patrono uel domino cum uoces, cum manus intentarent, ultro metuebantur. […] Haud dissimilia alii et quidam atrociora circumstrepebant precabantur que Drusum daret ultionis exemplum, donec accitam [Anniam Rufillam] conuictamque attineri publica custodia iussit. On fit ensuite éclater ce que, chez beaucoup, l’on cachait sous des plaintes privées. Il était en effet permis aux pires éléments d’exciter impunément contre les gens de bien une haine injurieuse s’il s’était jeté sur une image de César ; même les affranchis et les esclaves, lorsqu’ils dressaient leurs voix et leurs mains contre leur patron ou leur maître, étaient craint de leur propre mouvement. D’autres, à grand renfort de bruits, allaient dans le même sens et certains se montraient plus farouches ; ils priaient Drusus de les venger de manière exemplaire jusqu’à ce que, enfin, il ordonnât qu’Annia Rufilla fût mandée, convaincue et mise en prison.
68/430 [Ann] III, 37 Éloge de Drusus
L'attitude ferme de Drusus, fils de Tibère, contre les accusateurs lui attache (chez les sénateurs ?) une réputation positive, qui contraste avec celle de son père.
Vtrumque in laudem Drusi trahebatur : ab eo in Vrbe inter coetus et sermones hominum obuersante secreta patris mitigari. Neque luxus in iuuene adeo displicebat : huc potius intenderet, diem aedificationibus, noctem conuiuiis traheret, quam solus et nullis uoluptatibus auocatus maestam uigilantiam et malas curas exerceret. Ces deux décisions participaient de l’éloge de Drusus : sa participation manifeste, à Rome, aux réunions et aux discussions des gens adoucissait le comportement secret de son père. Pas même la tendance à la débauche du jeune homme ne déplaisait : pourvu qu’il tendît plutôt vers ce défaut, disait-on, à passer ses journées dans les constructions, ses nuits dans les festins, plutôt que sa solitude détournée de tout plaisir exerçât une triste vigilance doublée de mauvaises occupations.
69/430 [Ann] III, 43 Nom d'un corps d'armée chez les Éduens
Le soulèvement de Sacrovir et son action à Autun, capitale des Éduens, conduit Tacite à donner le nom local des esclaves destinés à la gladiature, et parfois utilisés comme soldats.
Adduntur [legionariis] e seruitiis gladiaturae destinati quibus more gentico continuum ferri tegimen : cruppellarios uocant , inferendis ictibus inhabilis, accipiendis impenetrabilis. On adjoint [aux légionnaires] ceux qui, parmi les esclaves, sont destinés à devenir gladiateurs ; comme le veut l’usage de ce peuple, ils ont une armure en fer sans faille ; ils sont appelés cruppellarii, soldats peu aptes à porter des coups, mais inaccessibles à ceux qu’on leur donne.
70/430 [Ann] III, 45 Rumeur des soldats de Silius contre la révolte de Sacrovir
Les deux légions conduites par Silius, légat de Germanie Supérieure, pour écraser la révolte de Sacrovir, frémissent d'envie d'affronter et de battre les Gaulois. Cette rumeur (fremere) semble courir pendant la marche de l'armée, ce qui constitue une originalité certaine.
Mox [Silius] Augustodunum petit propero agmine, certantibus inter se signiferis , fremente etiam gregario milite, ne suetam requiem, ne spatia noctium opperiretur ; uiderent modo aduersos et aspicerentur : id satis ad uictoriam. Bientôt, Silius gagne Autun au pas de course ; les porte-enseignes luttent entre eux ; les soldats, y compris les simples légionnaires, font entendre ce bruit : que le général les dispense du repos habituel et de la durée des nuits, qu’ils voient seulement les adversaires et qu’ils en soient vus – c’en serait assez pour la victoire.
71/430 [Ann] III, 46 Réaction des légions à l'exhortatio de Silius
Le discours d'exhortation de Silius avant l'affrontement contre Julius Sacrovir, à proximité d'Autun, est accueilli très positivement par ses soldats.
Ingens ad ea [uerba] clamor et circumfudit eques frontemque pedites inuasere, nec cunctatum apud latera. Ces paroles furent accueillies par une immense clameur, et les cavaliers se répandirent, les fantassins se jetèrent sur les premières lignes, et l’on ne fit pas preuve d’hésitation sur les côtés non plus.
72/430 [Ann] III, 52 Bruits sur les excès somptuaires de certains sénateurs(1)
En 22 ap. J.-C., un débat sur le train de vie luxueux de quelques sénateurs fut déclenché par les nombreuses discussions qui avaient divulgué largement les excès de certains banquets.
Ventris et ganeae paratus adsiduis sermonibus uulgati fecerant curam ne princeps antiquae parsimoniae durius aduerteret. L’application que l’on consacrait à la gloutonnerie et aux orgies se répandait dans de continuelles discussions, et cela faisait craindre que le prince n’applique un remède par trop cruel tiré de son antique parcimonie.
73/430 [Ann] III, 54 Bruits sur les excès somptuaires de certains sénateurs (2)
Dans son discours, Tibère prend acte des excès des banquets dans certaines grandes familles romaines, qui sont discutés largement à Rome (la formule in conuiuiis et circulis rappelant les adsidui sermones de Tac., Ann., 3.52). L'empereur décide cependant de ne pas légiférer.
Nec ignoro in conuiuiis et circulis incusari ista et modum posci ; set si quis legem sanciat, poenas indicat, idem illi ciuitatem uerti, splendissimo cuique exitium parari, neminem criminis expertem clamitabunt . Et je n’ignore pas que ces vices-là reçoivent, dans les repas, en société, leur lot d’accusations : on réclame à leur égard de la mesure. Mais si l’on ratifie une loi fixant une sanction, ce sont les mêmes qui ne cesseront de crier que la cité est renversée, que l’on veut perdre les plus nantis, que personne n’est à l’abri de cette accusation.
74/430 [Ann] III, 59 Critique de Drusus
L'absence et la négligence de Tibère et de Drusus, son fils, à l'occasion d'un débat au sénat à propos du droit des flamines de Jupiter de briguer les promagistratures, conduit les sénateurs à se plaindre (publiquement ou non, Tacite ne le dit pas), du comportement du jeune homme, qui ne dispose pas, à l'inverse de Tibère, de l'excuse de l'âge. Ce passage contraste fortement avec Tac., Ann., 3.37, où le sénat faisait au contraire l'éloge du fils de l'empereur.
Recitatae et Drusi epistulae, quamquam ad modestiam flexae, pro superbissimis accipiuntur . Huc decidisse cuncta ut ne iuuenis quidem tanto honore accepto adiret urbis deos, ingrederetur senatum, auspicia saltem gentile apud solum inciperet. Bellum scilicet aut diuerso terrarum distineri, litora et lacus Campaniae cum maxime peragrantem. Sic imbui rectorem generis humani, id primum e paternis consiliis discere. Sane grauaretur aspectum ciuium senex imperator fessamque aetatem et actos labores praetenderet : Druso quod nisi ex adrogantia impedimentum ? On lit à haute voix la lettre de Drusus qui, quoique tournée pour exprimer sa modestie, est interprétée comme le comble de l’arrogance. Voilà donc l’abîme où tout avait chu : tout jeune qu’il était, l’octroi d’un honneur si grand ne le faisait pas venir aux dieux de la ville, entrer dans le sénat – au moins débuter sa charge sur le sol familial ! Oui, c’était sûrement la guerre qui, aux confins du monde, le retenait, à visiter précisément les rivages et les lacs de Campanie !  Il était ainsi façonné, le dirigeant du genre humain, c’était ce qu’il apprenait en premier des conseils de son père. Que son père, vieillard empereur, soit incommodé de jouer le citoyen, qu’il prétexte la faiblesse de son âge et ses réussites, d’accord ; mais Drusus, qu’est-ce qui pouvait l’en empêcher, sinon sa superbe ?
75/430 [Ann] III, 69 Refus de Tibère de prendre en considération la réputation dans l'attribution des provinces
L'exil de G. Junius Silanus pour concussion et lèse-majesté en 22 ap. J.-C. déclenche un débat au sénat : certains veulent interdire aux sénateurs frappés d'infamie (infamia) le droit de tirer au sort une province. Tibère s'y oppose, jugeant que cela donnerait trop de pouvoir aux bruits publics et aux rumeurs. Cette décision lui vaut une bonne réputation parmi les sénateurs.
Aduersum quae disseruit Caesar : non quidem sibi ignara quae de Silano uulgabantur, sed non ex rumore statuendum . César exprima l’avis contraire : certes, il n’ignorait pas les bruits qui couraient au sujet de Silanus, mais il ne fallait pas prendre de décisions à partir de rumeurs.
76/430 [Ann] III, 74 Junius Blaesus est salué imperator
Pour avoir dominé le Berbère Tacfarinas, Junius Blaesus est salué, sur ordre de Tibère, imperator par ses troupes, ce qui est l'occasion d'un retour historique sur ce titre, alors confié pour la dernière fois à un particulier.
Sed Tiberius pro confecto [bellum Africanum] interpretatus id quoque Blaeso tribuit ut imperator a legionibus salutaretur, prisco erga duces honore qui bene gesta re publica gaudio et impetu uictoris exercitus conclamabantur ; erant plures simul imperatores nec super ceterorum aequalitatem. Concessit quibusdam et Augustus id uocabulum , ac tunc Tiberius Blaeso postremum . Mais Tibère, jugeant que la guerre était bel et bien terminée, accorda aussi à Blésus d’être salué imperator par ses légions ; c’était là une marque d’honneur antique pour les chefs qui, lorsqu’ils avaient contribué au bien public, étaient acclamés, dans un élan de joie, par l’armée victorieuse. Il y avait dans le même moment un grand nombre d’imperatores, et tous étaient égaux. Auguste gratifia plusieurs généraux de ce nom, que Blésus reçut alors de Tibère pour la dernière fois.
77/430 [Ann] III, 75 Bonne réputation d'Antistius Labeo
La mort d'Ateius Capito en 22 ap. J.-C. est l'occasion pour Tacite de l'opposer à un autre jurisconsulte romain, Antistius Labeo, plus célébré par la fama que son rival.
Namque illa aetas duo pacis decora [Capitonem Ateium et Labeonem Antistium] simul tulit ; sed Labeo incorrupta libertate et ob id fama celebratior , Capitonis obsequium dominantibus magis probabatur. En effet, cet âge produisit dans le même temps avec Capito et Labéo deux gloires de la paix ; mais Labéo avait gardé une franche intégrité et, pour cette raison, la voix publique l’honorait davantage ; Capito, lui, c’étaient plutôt les puissants qui approuvaient sa déférence.
78/430 [Ann] III, 76 Testament de Junia Tertia
La mort de Junia Tertia (ou Tertulla), nièce de Caton, épouse de Cassius et sœur de Brutus, clôt le livre III des Annales ; son testament, qui omet le nom de César (en dépit d'une pratique devenue courante), est amplement commenté par la foule dans une rumeur.
Testamentum eius [Iuniae] multo apud uulgum rumore fuit, quia in magnis opibus cum ferme cunctos proceres cum honore nominauisset, Caesarem omisit. Le testament de Junia fut commenté dans la foule par une longue rumeur : en effet, alors que, au sujet de sa grande fortune, elle avait nommé et honoré l’élite romaine presque dans son intégralité, elle avait oublié Tibère.
79/430 [Ann] IV, 1 Portrait de Séjan
Dans ce premier portrait d'importance de l'ambitieux Séjan, Tacite rapporte une rumeur infamante sur le préfet du prétoire..
Genitus Vulsiniis patre Seio Strabone, equite Romano, et prima iuuenta Gaium Caesarem diui Augusti nepotem sectatus, non sine rumore Apicio diuiti et prodigo struprum ueno dedisse, mox Tiberium uariis artibus deuinxit […]. Né à Vulsinies, fils de Séius Strabon, chevalier romain, Séjan avait dans sa prime jeunesse été le compagnon de Gaius César, petit-fils du divin Auguste ; la rumeur courut qu’il s’était prostitué au riche et prodigue Apicius ; bientôt, il s’attacha Tibère par différentes roueries […].
80/430 [Ann] IV, 8 Tristesse des sénateurs après la mort de Drusus (II)
La mort du fils de Tibère, Drusus, conduit à une scène de deuil dans le Sénat, au moment où Tibère prend la parole.
Consulesque sede uulgari per speciem maiestitiae sedentis honoris locique [Tiberius] admonuit, et effusum in lacrimas senatum, uicto gemitu , simul oratione continua erexit. Les consuls avaient pris place sur des sièges communs en signe de deuil ; Tibère leur rappela l’honneur de leur situation et, comme le Sénat avait fondu en larmes, après être venu à bout des gémissements, il lui rendit courage dans le même temps par un discours ininterrompu.
81/430 [Ann] IV, 9 Tibère propose de se retirer du pouvoir
La compassion des sénateurs avec Tibère s'arrête quand celui-ci propose de se retirer du pouvoir, un projet sans doute jugé hypocrite et irréalisable par les pères conscrits.
Magno ea fletu et mox precationibus faustis audita  ; ac si modum orationi [Tiberius] posuisset, misericordia sui gloriaque animos audientium impleuerat  ; ad uana et totiens inrisa reuolutus, de reddenda re publica utque consules seu quis alius regimen susciperent, uero quoque et honesto fidem dempsit. Ces paroles furent entendues dans un long gémissement et bientôt accompagnées de vœux favorables ; et si Tibère avait limité à cela son discours, la pitié qu’il suscitait et sa gloire avait rempli l’esprit des auditeurs. Néanmoins, en revenant au projet vide de sens et tant de fois moqué de rendre l’administration de l’État, les consuls – ou quelqu’un d’autre – la reprenant en main, il ôta la confiance en ce qu’il pouvait y avoir eu de vrai et d’honnête.
82/430 [Ann] IV, 10-11 Rumeur sur la mort de Drusus
À la fin de sa narration de la mort de Drusus, Tacite rapporte une rumeur selon laquelle Tibère aurait consciemment empoisonné son fils. N'y croyant pas, il développe plusieurs arguments qui rendent cette hypothèse caduque à ses yeux, dans un passage au ton méthodologique très prononcé.
In tradenda morte Drusi, quae plurimis maximaeque fidei auctoribus memorata sunt rettuli, set non omiserim eorundem temporum rumorem ualidum adeo ut nondum exolescat […]. (11) Haec uulgo iactata, super id quod nullo auctore certo firmantur, prompte refutaueris. […] Sed quia Seianus facinorum omnium repertor habebatur, ex nimia caritate in eum Caesaris et ceterorum in utrumque odio quamuis fabulosa et immania credebantur, atrociore semper fama erga dominantium exitus . […] Mihi tradendi arguendique rumoris causa fuit ut claro sub exemplo falsas auditiones depellerem peteremque ab iis quorum in manus cura nostra uenerit ne diuulgata atque incredibilia auide accepta ueris neque in miraculum corruptis antehabebant. Pour raconter la mort de Drusus, j’ai rapporté les éléments dont les plus nombreux et les plus solides garants ont fait mention, mais je ne saurais omettre une rumeur qui a couru à la même époque et qui a été vigoureuse au point de ne pas s’être encore éteinte. […] Voilà ce que la foule n’a cessé de débattre ; outre le fait qu’aucun garant incontestable n’aille dans ce sens, il serait aisé de le réfuter. […] Mais parce que l’on considérait Séjan comme l’inventeur de tous les crimes et à cause de l’affection excessive que Tibère lui portait ainsi que de la haine de tous les autres contre ces deux hommes, l’on allait jusqu’à croire des propos d’un monstrueux propre aux fables ; de fait, aussi, la renommée est toujours plus violente quand il s’agit de la mort des puissants. Pourquoi ai-je rapporté et discrédité cette rumeur ? Mon but était d’écarter, en ayant recours à un exemple éclatant, ces bruits fallacieux que l’on entend : je demande ainsi à ceux qui auront entre leurs mains mon travail de ne pas prêter une oreille avide à des ouï-dire invraisemblables et de ne pas les préférer à une vérité qui ne se gâte pas à rendre tout extraordinaire.
83/430 [Ann] IV, 12 Tristesse simulé des Romains lors des funérailles de Drusus
Selon Tacite, les cris de deuil (rituels) poussés par les citoyens romains pendant les funérailles de Drusus étaient simulés, ceux-ci calculant que la disparition du fils de Tibère ouvrait la voie de la succession dynastique aux fils de Germanicus et d'Agrippine (dont Caligula).
Ceterum laudante filium pro rostris Tiberio senatus populusque habitum ac uoces dolentum simulatione magis quam libens induebat , domumque Germanici reuirescere occulti laetabantur. Au reste, lors de l’éloge que prononçait Tibère des rostres pour son fils, le Sénat et le peuple prenaient l’apparence et poussaient les cris de l’affliction – c’était là un faux-semblant plutôt qu’une volonté propre, et, en secret, ils se réjouissaient que la maison de Germanicus reprenne vie.
84/430 [Ann] IV, 24 Stratégie de Tacfarinas
Le chef numide Tacfarinas favorise la naissance des rumeurs pour pousser les peuples du nord de l'Afrique à s'allier contre les forces romaines.
Igitur Tacfarinas, disperso rumore rem Romanam aliis quoque ab nationibus lacerari eoque paulatim Africa decedere, ac posse reliquos circumueniri, si cuncti quibus libertas seruitio potior incubuissent , auget uiris positisque castris Thubuscum oppidum circumsidet. Tacfarinas, donc, répand des rumeurs : il y a d’autres peuples qui mettent en pièces l’État romain, qui doit, peu à peu, se retirer de l’Afrique ; il serait possible d’abattre le reste, si tous ceux qui préféraient la liberté à l’esclavage faisaient pression contre lui. Ainsi augmente-t-il ses forces et, après avoir établi des camps, met au siège la ville de Thubuscum.
85/430 [Ann] IV, 25 Charge des troupes romaines contre Tacfarinas
Face aux menées du chef numide Tacfarinas, le proconsul d'Afrique, P. Cornelius Dolabella, mène au petit matin ses troupes contre une position tenue par les ennemis. C'est l'occasion d'une description sonore fort travaillée de la charge de l'armée romaine.
Simulque coeptus dies et concentu tubarum ac truci clamore aderant semisomnos in barbaros, praepeditis Numidarum equis aut diuersos pastus pererrantibus. Dans le même temps, le soleil se lève et, accompagnés du concert des trompettes et d’une clameur farouche, ils sont sur les barbares encore à moitié endormis ; les chevaux des Numides étaient bloqués ou erraient dans des pâturages à l’opposé.
86/430 [Ann] IV, 29 Procès de Vibius Serenus
En 24 ap. J.-C., un procès, symptomatique aux yeux de Tacite de la déchéance morale à Rome, vit un fils, Vibius Serenus, accuser son père, également appelé Vibius Serenus, du crime de maiestas. L'historien se concentre tout particulièrement sur l'attitude du peuple dans cette affaire.
Qui [Vibius Serenus] scelere uaecors, simul uulgi rumore territus robur et saxum aut parricidarum poenas minitantium , cessit urbe. Mais Vibius Serenus [fils], dévasté par son méfait, et de surcroît terrifié par la rumeur de la foule qui le menaçait du cachot ou du rocher, voire du châtiment réservé aux parricides, quitte Rome.
87/430 [Ann] IV, 37 Modestie de Tibère
La province d'Espagne ultérieure demande l'autorisation à Tibère de lui élever un temple (à lui et à Livie). Le prince saisit l'occasion pour se disculper de tout soupçon de vanité.
Qua occasione Caesar, ualidus alioqui spernendis honoribus et respondendum ratus iis quorum rumore arguebatur in ambitionem flexisse, huiusce modi orationem coepit. À cette occasion [la requête de l’Espagne pour élever un temple à Tibère], César, qui, au reste, était fort pour mépriser les honneurs, pensa qu’il fallait répondre à ceux qui usaient de rumeurs pour l’accuser se laisser aller à la vanité ; il commença son discours de cette façon-ci.
88/430 [Ann] IV, 38 Débats sur la modestie de Tibère
Dans la continuité du refus d'installer un temple à son honneur en Espagne (cf. Tac., Ann., 4.37, Tacite présente différents courants de l'opinion publique (?) qui interprètent l'attitude de l'empereur.
Perstitit [Tiberius] posthac secretis etiam sermonibus aspernari talem sui cultum. Quod alii modestiam, multi, quia diffideret, quidam ut degeneris animi interpretabantur. Optumos quippe mortalium altissima cupere : sic Herculem et Liberum apud Graecos, Quirinum apud nos deum numero additos : melius Augustum, qui sperauerit. Cetera principibus statim adesse : unum insatiabiliter parandum, prosperam sui memoriam ; nam contemptu famae contemni uirtutes . Par la suite, Tibère persista, même dans ses conversations secrètes, à mépriser un tel culte de soi. Ce comportement, les uns l’interprétaient comme de la modestie ; la plupart en faisaient un manque de confiance en soi ; pour certains, c’était la marque d’une âme indigne. À les entendre, les meilleurs mortels ambitionnaient aux faîtes ; ainsi, Hercule et Liber chez les Grecs, Quirinus chez nous avaient été admis au nombre des dieux ; Auguste, continuaient-ils, avait mieux fait, puisqu’il l’avait espéré. Tout était aussitôt aux mains des empereurs ; la seule chose qu’il leur fallait se ménager insatiablement, c’était qu’on se souvînt d’eux favorablement : en effet, le mépris de la voix publique menait à mépriser les vertus.
89/430 [Ann] IV, 40 Tibère refuse à Séjan la main de sa belle-fille Livilla
Livilla, fille de Drusus (I), sœur de Germanicus et veuve de Drusus (II), cherche à se remarier ; Séjan, son amant, demande adroitement sa main à Tibère. Celui-ci refuse, avec tout autant d'adresse, en alléguant en partie l'importance de se concilier l'opinion publique.
Ad ea [scripta Seiani] Tiberius […] adiunxit : ceteris mortalibus in eo stare consilia quid sibi conducere putent ; principum diuersam esse sortem quibus praecipua rerum ad famam derigenda. Pour répondre à cette requête de Séjan, Tibère […] ajouta que les résolutions des autres mortels se limitaient à ce qui leur était avantageux ; bien différent, le lot des princes, qui devaient régler les affaires les plus importantes sur la rumeur !
90/430 [Ann] IV, 41 Séjan pousse Tibère à quitter Rome
Après l'échec de sa proposition de mariage avec Livilla (cf. Tac., Ann., 4.40), Séjan ne renonce pas et, face aux rumeurs négatives qu'il doit affronter, pousse Tibère à quitter Rome.
Rursum Seianus non iam de matrimonio [cum Liuia], sed altius metuens tacita suspicionum, uulgi rumorem, ingruentem inuidiam deprecatur. Séjan, derechef, ne parle plus du mariage avec Livie mais ses craintes, qui s’étendaient plus loin, le poussent à détourner les silences qui soupçonnent, les rumeurs de la foule, la jalousie insidieuse.
91/430 [Ann] IV, 42 Tibère prend conscience qu'il est détesté
Le procès de Votienus Montanus pour crime de lèse-majesté conduit Tibère à entendre les critiques que lui adressaient ses détracteurs en privé.
Ac forte habita per illos dies de Votieno Montano, celebris ingenii uiro, cognitio cunctantem iam Tiberium perpulit ut uitandos crederet patrum coetus uoces que quae plerumque uerae et graues coram ingerebantur. Nam postulato Votieno ob contumelias in Caesarem dictas, testis Aemilius e militaribus uiris, dum studio probandi cuncta refert et quamquam inter 2obstrepentis magna adseueratione nititur, audiuit Tiberius probra quis per occultum lacerebatur . Le hasard fit que l’on tenait ces jours-ci le procès de Votiénus Montanus, reconnu pour son intelligence ; l’instruction poussa Tibère, qui balançait encore, à croire qu’il lui fallait éviter les réunions du Sénat et les cris, d’une sévérité bien souvent véridique, qu’on lui jetait publiquement. En effet, Votiénus, que l’on accusait d’avoir eu des mots outrageants à l’endroit de César, eut face à lui comme témoin Aemilius, un soldat ; son zèle à apporter des preuves lui faisait tout rapporter et, quoique l’on fît du bruit pour couvrir sa voix, il insistait avec grande assurance ; Tibère entendit ainsi les injures qui, en secret, le raillaient violemment.
92/430 [Ann] IV, 46 Rumeur d'une conscription forcée des Thraces
L'insurrection des Thraces en 26 ap. J.-C. fut causée en partie par une rumeur qui annonçait que des levées allaient être imposées à ce peuple pour les intégrer aux troupes auxiliaires, et donc les conduire sur le limes, loin de leur contrée d'origine.
Ac tum rumor incesserat fore ut disiecti [Thraces] aliisque nationibus permixti diuersas in terras traherentur. S’était alors répandue une rumeur selon laquelle les Thraces allaient être séparés, mêlés aux autres peuples et emmenés à l’autre pôle.
93/430 [Ann] IV, 47 Poppaeus Sabinus attaque un fort tenu par les Thraces
Lors de l'insurrection thrace de 26 ap. J.-C., Poppaeus Sabinus (gouverneur de Mésie, d'Achaïe et de Macédoine) dut affronter une armée locale exubérante (selon la représentation antique des barbares) et connaissant très bien le terrain.
Simul in ferocissimos [barbaros], qui ante uallum more gentis cum carminibus et tripudiis persultabant, mittit delectos sagittariorum. Ii dum eminus grassabantur crebra et inulta uulnera fecere ; proprius incedentes eruptione subita turbati sunt receptique subsidio Sugambrae cohortis, quam Romanus promptam ad pericula nec minus cantuum et armorum tumultu trucem haud procul instruxerat. En même temps, il envoie l’élite des archers aux barbares les plus impétueux qui – coutume de ce peuple – faisaient des bonds devant leur retranchement en chantant et en dansant. En les attaquant à distance, les archers leur firent de nombreuses blessures sans contrepartie ;  mais lorsqu’ils s’avancèrent, une sortie soudaine les troubla et les força à se replier sur la ligne de réserve : une cohorte de Sicambres prompte aux dangers (et que le fracas des chants et des armes ne rendait pas moins farouche) que les Romains avaient mis en place non loin.
94/430 [Ann] IV, 48 Stratégie des barbares thraces contre l'armée romaine
Les troupes thraces restées fidèles à Rome lors de l'insurrection de 26 ap. J.-C. s'abandonnent à des comportements barbares (selon les topoi habituels) et permettent aux rebelles de contre-attaquer. Ces derniers fondent leur stratégie sur la confusion visuelle et sonore de leur charge.
Mox uersi in luxum et raptis opulenti [barbari ] omittere stationes, lasciuia epularum aut somno et uino procumbere . Igitur hostes incuria eorum comperta duo agmina parant quorum altero populatores inuaderentur, alii castra Romana adpugnarent, non spe capiendi, sed ut clamore , telis, suo quisque periculo intentus sonorem alterius proelii non acciperet. Tenebrae insuper delectae augendam ad formidinem. Sed qui uallum legionum temptabant facile pelluntur ; Thraecum auxilia repentino incursu territa, cum pars munitionibus adiacerent, plures extra palarentur, tanto infensius caesi quanto perfugae et proditores ferre arma ad suum patriaeque seruitium incusabantur . Bientôt, les barbares sombrent dans la débauche et, s’enrichissant de leurs rapines, oublient la garde ; la débauche des banquets, ou le sommeil favorisé par le vin, les poussent à se coucher par terre. Lorsqu’on leur eut rapporté cette négligence, les ennemis préparèrent deux armées : l’une pour assaillir les responsables des rapines, l’autre qui devait attaquer le camp romain, non dans l’espoir de s’en rendre maître, mais pour que la clameur, les traits, le danger qui mobiliserait chacun empêchent d’entendre le son de l’autre combat. Ils avaient de surcroît choisi les ténèbres afin d’augmenter l’effroi. Cependant, on n’eut aucun mal à repousser ceux qui assiégeaient le retranchement des légions, tandis que les troupes auxiliaires que constituaient les Thraces furent terrifiées par la soudaineté de l’attaque : de fait, une partie était adossée sur les remparts, un plus grand nombre errait à l’extérieur. Ils furent massacrés avec d’autant plus d’hostilité qu’on les accusait d’être des fuyards et des traîtres qui combattaient pour s’imposer l’esclavage, à eux-mêmes et à leur patrie.
95/430 [Ann] IV, 50 Dernière tentative des rebelles thraces
Bien enfermés dans leur fort par la stratégie efficace de Sabinus, les Thraces tentent une dernière sortie nocturne, fondant leurs espoirs sur la confusion sonore qui en résultera (cf. un comportement similaire en Tac., Ann., 4.48). Mais Sabinus veille.
Rebusque turbatis malum extremum discordia accessit, his deditionem aliis mortem et mutuos inter se ictus parantibus ; et erant qui non inultum exitium sed eruptionem suaderent. […] Turesis sua cum manu noctem opperitur haud nescio duce nostro . Igitur firmatae stationes densioribus globis ; et ingruebat nox nimbo atrox , hostisque clamore turbido , modo per uastum silentium , incertos obsessores effecerat, cum Sabinus circumire, hortari , ne ad ambigua sonitus aut simulationem quietis casum insidiantibus aperirent, sed sua quisque munia seruarent immoti telisque non in falsum iactis. Le trouble de la situation s’augmenta par le pire des maux, la discorde : les uns se préparent à la reddition, les autres à se donner réciproquement des coups mortels. Il y a en avait pour conseiller de ne pas partir sans vengeance, mais de faire une sortie. […] Turesis attend la nuit avec sa troupe, ce que n’ignorait pas notre chef. Les postes de garde furent donc renforcés par des pelotons assez denses. Une nuit violemment orageuse arrivait, et l’ennemi, avec de violentes clameurs ou, parfois, par un silence lourd, avait fait douter les assiégeants, lorsque Sabinus se mit à parcourir le camp en exhortant à ne pas fournir une occasion aux pièges des ennemis en cédant à des bruits incertains ou à un semblant de calme ; au contraire, il fallait que chacun conserve son rôle, immobile, sans jeter des traits en vain.
96/430 [Ann] IV, 51 Affrontement final entre les Romains et les Thraces
L'insurrection thrace prend fin avec un dernier affrontement, remporté par les Romains, qui se déroule de nuit ; Tacite s'y montre particulièrement sensible, comme dans tout l'épisode (cf. Tac., Ann., 4.48 et 4.50) à la dimension sonore inhérente à tout combat, en particulier dans l'obscurité.
His [Romanis] partae uictoriae spes et, si cedant, insignitius flagitium, illis [barbaris] extrema iam salus et adsistentes plerisque matres et coniuges earumque lamenta addunt animos. Nox aliis in audaciam, aliis ad formidinem opportuna ; incerti ictus, uulnera improuisa  ; suorum atque hostium ignoratio et montis anfractu repercussae uelut a tergo uoces adeo cuncta miscuerant ut quaedam munimenta Romani quasi perrupta omiserint. Aux Romains, l’espoir de se procurer la victoire et, dans le cas d’une défaite, une honte plus marquante ; aux barbares, déjà leur ultime recours ; les mères et les épouses qui se tiennent à côté de la plupart d’entre eux augmentent, par leur lamentation, leur courage. Pour les uns, la nuit favorise l’audace, pour les autres, l’effroi ; ce sont des coups indécis, des blessures que l’on ne voit pas venir ; on ignore qui fait partie de son camp, qui fait partie des ennemis ; quant aux cris que l’écho de la montagne renvoyait comme s’ils venaient de l’arrière, ils avaient porté la confusion à un tel degré que les Romains abandonnèrent certains remparts en les pensant enfoncés.
97/430 [Ann] IV, 54-55 Rumeur de l'élimination prochaine d'Agrippine par Tibère
Les tensions dans la famille impériale entre Agrippine, veuve de Germanicus, et Tibère, eurent pour conséquence qu'une rumeur circula en 26 ap. J.-C., selon laquelle l'empereur cherchait à empoisonner sa belle-fille. De manière intéressante, ce bruit poussa Tibère à réagir et à multiplier les apparitions publiques pour le détourner.
Nec tamen Tiberii [Agrippinam] uox coram secuta, sed obuersus ad matrem non mirum ait si quid seuerius in eam statuisset a qua ueneficii insimularetur. Inde rumor parari exitium neque id imperatorem palam audere, secretum ad perpetrandum quaeri. (55) Sed Caesar, quo famam auerteret, adesse frequens senatui legatosque Asiae ambigentis quanam in ciuitate templum statueretur pluris per dies audiuit. Tibère, néanmoins, n’adressa pas la parole en public à Agrippine ; mais il se tourna vers sa mère en disant qu’il ne serait pas étonnant qu’il prenne quelque décision assez sévère contre une femme qui l’accusait faussement d’empoisonnement. D’où une rumeur selon laquelle on préparait à Agrippine son trépas et que l’empereur, n’osant pas le faire au grand jour, cherchait le secret pour passer à l’action. (55) Mais César, pour détourner le bruit, assistait assidûment aux séances du Sénat et entendit pendant plusieurs jours les délégations de l’Asie qui débattait pour savoir dans quelle cité serait  construit le temple.
98/430 [Ann] IV, 58 Rumeur sur la mort prochaine de Tibère
Les calculs des astrologues, selon lesquels Tibère ne reviendrait pas à Rome après son départ pour la Campanie (ce qui se révéla vrai), donnèrent naissance à plusieurs rumeurs sur la mort prochaine de l'empereur, et donc à plusieurs procès pour lèse-majesté.
Ferebant periti caelestium iis motibus siderum excessisse Roma Tiberium ut reditus illi negaretur. Vnde exitii causa multis fuit properum finem uitae coniectantibus uulgantibus que ; neque enim tam incredibilem casus prouidebant ut undecim per annos libens patria careret. Mox patuit breue confinium artis et falsi ueraque quam obscuris tegerentur . Nam in urbem non regressurum haud forte 3dictum : ceterorum nescii egere, cum propinquo rure aut litore et saepe moenia urbis adsidens extremam senectam compleuerit. Les experts en astrologie rapportaient que Tibère avait quitté Rome sous une telle disposition des étoiles qu’on lui refuser tout retour. Ce fut une cause de décès pour beaucoup de gens qui lui conjecturaient une mort rapide et qui répandaient ces bruits – de fait, ils ne pouvaient pas même prévoir la conjoncture, si inouïe, qu’il se priverait de son plein gré pendant onze ans de sa patrie. Bientôt, l’on se rendit compte de la très grande proximité entre le talent et le mensonge et du degré d’obscurité qui recouvre la vérité. En effet, on n’avait pas dit de manière hasardeuse qu’il ne reviendrait pas dans la ville ; mais l’on fit preuve d’ignorance sur le reste, puisque, vivant à proximité, à la campagne ou sur la côte, s’installant parfois aux remparts de la ville, il atteignit une extrême vieillesse. 
99/430 [Ann] IV, 59 Rumeur d'un accident de Tibère
Les rumeurs mentionnées par Tacite avant ce passage (cf. Tac., Ann., 4.58) s'accentuent avec un accident subi par l'empereur dans une grotte de sa villa de Spelunca.
Ac forte illis diebus oblatum Caesari anceps periculum auxit uana rumoris praebuitque ipsi materiem cur amicitiae constantiaeque Seiani magis fideret. Le hasard fit que, ces jours-ci, César courut un grand danger, ce qui augmenta la vanité des rumeurs tout en fournissant à Tibère matière à mettre davantage sa confiance en l’invariable amitié de Séjan.
100/430 [Ann] IV, 59 [A supp]
[contexte indisponible(s)]
Adsimulabat [Seianus] iudicis partis aduersum Germanici stirpem, subditis qui accusatorum nomina sustinerent maximeque insectarentur Neronem proximum successioni et, quamquam modesta iuuenta, plerumque tamen quid in praesentarium conduceret oblitum, dum a libertis et clientibus, apiscendae potentiae properis, extimulatur ut erectum et fidentem animi ostenderet : uelle id populum Romanum, cupere exercitus , neque ausurum contra Seianum, qui nunc patientiam senis et segnitiam iuuenis iuxta insultet. Séjan feignait le rôle du juge  face à la descendance de Germanicus : on substituait des individus pour prendre le titre d’accusateur et, surtout, pour s’acharner sur Néron, qui occupait le premier rang dans la succession et qui, quoique d’une jeunesse modeste, n’en oubliait pas moins la plupart du temps ce qu’il lui était avantageux pour le moment ; il était de fait poussé par ses affranchis et ses clients, gens impatients d’obtenir le pouvoir, à montrer son intérêt et sa confiance : c’était, disaient-ils, ce que voulait le peuple Romain, ce que désiraient les armées, et Séjan n’oserait rien pour s’y opposer, lui qui faisait désormais insulte à la patience d’un vieillard et à la mollesse d’un jeune homme.