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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

16/430 [Ann] I, 35 Revendications des légions de Germanie
Lors de la contio tenue par Germanicus, les soldats mutins font entendre par des cris leurs revendications « sociales », qui visent à diminuer les difficultés du service.
Mox indiscretis uocibus pretia uacationum, angustias stipendii, duritiam operum ac propriis nominibus incusant uallum, fossas, pabuli, materiae, lignorum adgestus et si qua alia ex necessitate aut aduersus otium castrorum quaeruntur. Atrocissimus ueteranorum clamor oriebatur, qui tricena aut supra stipendia numerantes, mederetur fessis, neu mortem in isdem laboribus, sed finem tam exercitae militiae neque inopem requiem orabant. 3 Fuere etiam qui legatam a diuo Augusto pecuniam reposcerent, faustis in Germanicum ominibus  ; et, si uellet imperium, promptos ostentauere. Bientôt, ce sont des voix indistinctes qui accusent le coût des exemptions, la précarité de la solde, la difficulté des travaux : en propre, ériger la palissade, creuser les fossés, amener le fourrage, les matériaux de construction, le bois, et tout ce dont on peut avoir besoin ou qui prévient l’oisiveté d’un camp. S’élevait chez les vétérans la clameur la plus violente : ils faisaient le compte de leurs trente ans, sinon plus, de service ; ils le priaient d’apporter un remède à leur épuisement, non de les faire mourir dans ces mêmes travaux, mais de mettre un terme à un engagement si pénible et de leur donner un repos qui ne fût pas indigent. Il y en avait même pour réclamer l’argent légué par le divin Auguste, accompagnant cela de souhaits de prospérité pour Germanicus ; de plus, ils montraient leur résolution pour le cas où il voudrait l’empire.
17/430 [Ann] I, 39 Agressions des soldats contre une délégation du Sénat
La première et la vingtième légions s'en prennent physiquement et verbalement à une délégation du Sénat, qu'ils accusent de vouloir supprimer les acquis de la révolte.
Interea legati ab senatu regressum iam apud aram Vbiorum Germanicum adeunt. Duae ibi legiones, prima atque uicesima, ueteranique nuper missi sub uexillo hiemabant . Pauidos et conscientia uaecordes intrat metus uenisse patrum iussu qui inrita facerent quae per seditionem expresserant . Vtque mos uulgo quamuis falsis reum subdere, Munatium Plancum consulatu functum, principem legationis, auctorem senatus consulti incusant ; et nocte concubia uexillum in domo Germanici situm flagitare occipiunt, concursuque ad ianuam facto moliuntur foris , extractum cubili Caesarem tradere uexillum intento mortis metu subigunt. Mox uagi per uias obuios habuere legatos, audita consternatione ad Germanicum tendentis . Ingerunt contumelias, caedem parant, Planco maxime, quem dignitas fuga impediuerat ; neque aliud periclitanti subsidium quam castra primae legionis . Pendant ce temps, les légats du Sénat vont trouver Germanicus, qui était déjà revenu à l’autel des Ubiens. À cet endroit passaient l’hiver deux légions, la première et la vingtième, ainsi que les vétérans récemment appelés sous le drapeau. Ces troupes apeurées et en proie à la démence sont pénétrées de la peur que cette ambassade était venue, sur l’ordre des sénateurs, pour annuler les mesures qu’ils avaient arrachées par leur sédition. Suivant l’habitude de la foule de supposer un coupable pour des faits pourtant faux, ils accusent Munatius Plancus, un ancien consul et chef de la délégation, d’être l’auteur du sénatus-consulte ; et en pleine nuit, ils commencent à réclamer le drapeau planté dans la maison de Germanicus : accourant ensemble à sa porte, ils forcent l’entrée, tirent Germanicus du lit et l’obligent, par des menaces de mort, à leur donner le drapeau. Puis, errant dans les rues, ils rencontrèrent des légats qui avaient appris la mutinerie se dirigeaient vers chez Germanicus. Ils leur lancent des injures et s’apprêtent au meurtre, en particulier contre Plancus – sa dignité l’empêchait de fuir. Il n’eut dans cette tentative d’autre refuge que le camp de la première légion.
18/430 [Ann] I, 41 Lamentation des soldats de Germanie au moment du départ d'Agrippine
Germanicus décide d'éloigner de la sédition de Germanie sa femme Agrippine et leur fils, le jeune Caligula ; cette décision déclenche chez les mutins un violent sentiment pathétique et une prise de parole en forme de déploration.
Gemitusque ac planctus etiam militum auris oraque aduertere  : progrediuntur contuberniis. Quis ille flebilis sonus  ? Quod tam triste ? Feminas inlustris, non centurionem ad tutelam, non militem, nihil imperatoriae uxoris aut comitatus soliti : pergere ad Treuiros et externae fidei. […] Orant, obsistunt, rediret, maneret, pars Agrippinae occursantes, plurimi ad Germanicum regressi. Les gémissements et les lamentations vont jusqu’à attirer l’attention des soldats, qui attendent et voient le cortège. Ils sortent de leurs tentes. Qu’est-ce que ces bruits d’affliction ? Qu’y a-t-il de si déplorable ? Des femmes illustres, mais pas de centurion pour les protéger, pas de soldat, rien de propre à l’épouse d’un général, pas de trace de l’escorte habituelle ; et elles se rendent directement chez les Trévires, s’offrent à la confiance d’étrangers ! […] Ils implorent, s’opposent : qu’elle revienne ! qu’elle reste ! Une partie fait obstacle à Agrippine, la plupart reviennent vers Germanicus.
19/430 [Ann] I, 44 Les légions de Germanie reviennent dans le devoir
Les soldats rebelles répondent au discours de Germanicus en reconnaissant leur erreur et en le suppliant de leur pardonner.
Supplices ad haec et uera exprobrari fatentes, [Germanicum] orabant puniret noxios, ignosceret lapsis et duceret in hostem ; reuocaretur coniunx, rediret legionum alumnus neue obses Gallis traderetur. À ces paroles, eux le suppliaient, reconnaissaient la véracité de ses reproches, le priaient de punir les coupables, de pardonner ceux qui s’étaient trompés, de les conduire contre l’ennemi : qu’il fasse revenir son épouse ! qu’il rappelle l’enfant des légions sans le livrer en otage aux Gaulois !
20/430 [Ann] I, 46 Réactions de l'Vrbs aux mutineries
La cité s'alarme de la nouvelle des deux rebellions (sans savoir l'issue de la première, du fait de l'éloignement) et s'en prend à l'inaction de Tibère.
At Romae nondum cognito qui fuisset exitus in Illyrico, et legionum Germanicarum motu audito, trepida ciuitas incusare Tiberium quod, dum patres et plebem, inualida et inermia , cunctatione fincta ludificetur, dissideat interim miles neque duorum adulescentium nondum adulta auctoritate comprimi queat. Ire ipsum et opponere maiestatem imperatoriam debuisse cessuris, ubi principem longa experientia eudemque seueritatis et munificentiae summum uidissent. An Augustum fessa aetate totiens in Germanias commeare potuisse : Tiberium uigentem annis sedere in senatu, uerba patrum cauillantem ? Satis prospectum urbanae seruituti : militaribus animis adhibenda fomenta, ut ferre pacem uelint. À Rome cependant, on ne connaissait pas encore le dénouement des événements d’Illyrie, et l’on avait appris par ouï-dire le mouvement des légions de Germanie ; la ville, inquiète, se mit à accuser Tibère de tromper les sénateurs et la plèbe, ordres impuissants et désarmés, en feignant l’hésitation alors que, dans le même temps, les soldats se révoltaient sans que l’autorité, encore trop jeune, de deux adolescents ne puisse les mater. Il aurait dû y aller lui-même pour leur opposer la majesté de l’empereur : ils auraient cédé à la vue d’un prince doté d’une longue expérience et, par ailleurs, disposant  souverainement des châtiments et des grâces. Quoi ? Auguste, quoique affaibli par la vieillesse, aurait pu se rendre tant de fois en Germanie, et Tibère, dans la fleur de l’âge, resterait assis au Sénat, à jouer au plus fin avec les discours des sénateurs ? On avait assez veillé à l’asservissement de la ville : c’était aux militaires qu’il fallait appliquer un calmant pour qu’ils veuillent bien porter la paix.