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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

11/430 [Ann] I, 25 Réaction à la contio de Drusus
La foule militaire réagit de façon diverse à la prise de parole de Drusus devant les mutins de Pannonie.
Stabat Drusus silentium manu poscens. Illi [milites], quoties oculos ad multitudinem rettulerant, uocibus truculentis strepere, rursum uiso Caesare trepidare  ; murmur incertum, atrox clamor et repente quies ; diuersis animorum motibus pauebant terrebantque. Tandem interrupto tumultu, litteras patris recitat [Drusus] […]. Voilà Drusus qui, de sa main, réclame le silence. Les soldats, eux, à la vue de leur nombre, faisaient entendre des cris farouches ; puis, lorsqu’ils regardaient César, ils se mettaient à s'agiter : murmure incertain, violente clameur, et soudain le silence ; des passions contradictoires les apeuraient ou les rendaient effrayants. Enfin le vacarme s’interrompt, et Drusus donne lecture d’une lettre de son père […].
12/430 [Ann] I, 26 Clameur de colère des mutins de Pannonie
L'assemblée devant laquelle s'exprime Drusus se récrie devant l'absence de proposition concrète du fils de l'empereur.
Ad ea [mandata] Drusus cum arbitrium senatus et patris obtenderet, clamore turbatur . Cur uenisset, neque augendis militum stipendiis neque adleuandis laboribus, denique nulla bene faciendi licentia ? At hercule uerbera et necem cunctis permitti. Tiberium olim nomine Augusti desideria legionum frustrari solitum : easdem artis Drusum rettulisse. Numquamne ad se nisi filios familiarum uenturos ? Nouum id plane quod imperator sola militis commoda ad senatum reiciat. Eundem ergo senatum consulendum, quotiens supplicia aut proelia indicantur ; an praemia sub dominis, poenas sine arbitro esse ? Comme Drusus opposait à ces réclamations que c’était là le domaine des sénateurs, une clameur le trouble : pourquoi était-il donc venu, s’il n’avait pour but ni d’augmenter la solde des soldats ni d’alléger leur peine, en un mot, en étant absolument incapable de faire du bien ? Mais, par Hercule !, tous avaient le droit de donner les verges et la mort. Autrefois Tibère se servait du nom d’Auguste pour tromper les requêtes des légions : c’était les mêmes techniques que Drusus remettait au goût du jour. Ne leur enverrait-on jamais que des enfants encore dans le giron familial ? Voilà bien une mesure d’un genre nouveau qu’un empereur ne rejette sur le Sénat que ce qui a trait aux intérêts des soldats. Consultons donc aussi le sénat pour chaque décision de supplice ou de combat ; à moins que les récompenses dépendent des maîtres, mais que les châtiments n’aient pas d’arbitre ?
13/430 [Ann] I, 28 Bruits des soldats pendant l'éclipse de lune
Les légions de Pannonie s'effraient d'une éclipse de lune, qu'ils prennent pour de l'hostilité des dieux à l'égard de leu sédition.
Igitur aeris sono, tubarum cornuumque concentu strepere  : prout splendidior obscuriorue [luna], laetari aut maerere ; et postquam ortae nubes offecere uisui creditumque conditam tenebris, ut sunt mobiles ad superstitionem perculsae semel mentes, sibi aeternum laborem portendi, sua facinora auersari deos lamentantur. Ils se mirent donc à faire entendre le bruit du bronze, à faire résonner ensemble les trompettes et les cors : selon que la lune devenait plus brillante ou plus obscure, ils se réjouissaient ou s’attristaient ; et lorsque des nuages, en se formant, l’eurent dérobée à leur vue, les portant à croire que les ténèbres la cachaient – ainsi prompts à la superstition, les esprits que le trouble a une fois saisis ! –, ils déplorent qu’une peine infinie leur soit prédite et que les dieux dédaignent leurs crimes.
14/430 [Ann] I, 31 Début de la sédition de Germanie
Après avoir narré la révolte des légions de Pannonie, Tacite revient sur celle de Germanie, qui se déroule en même temps, et qui naît des discussions entre soldats.
Igitur, audito fine Augusti, uernacula multitudo, nuper acto in urbe dilectu, lasciuiae sueta, laborum intolerans, implere ceterorum rudes animos : uenisse tempus quo ueterani maturam missionem, iuuenes largiora stipendia, cuncti modum miseriarum exposcerent saeuitiamque centurionum ulciscerentur. Non unus haec , ut Pannonicas inter legiones Percennius, nec apud trepidas militum auris, alios ualidiores exercitus respicientium, sed multa seditionis ora uocesque : sua in manu sitam rem Romanam, suis uictoriis augeri rem publicam, in suum cognomentum adscisci imperatores. Donc, lorsque l’on eut appris la mort d’Auguste, un grand nombre de Romains que l’on avait récemment recrutés dans la ville, gens habitués à la débauche et rétifs aux labeurs, se mit à remplir l’esprit grossier des autres de l’idée que le temps était venu de réclamer pour les vétérans un congé assez tôt venu, pour les jeunes un salaire plus important, pour tous une limite convenable à leurs misères ; il fallait ore se venger de la cruauté des centurions. Et ce n’était pas une seule personne, comme c’était le cas de Percennius au milieu des légions de Pannonie, qui tenait ces propos, pas plus qu’ils n’étaient destinés aux oreilles tremblantes de soldats qui jetteraient leur yeux sur des armées en meilleure forme : au contraire, la sédition avait de multiples bouches et de multiples voix – c’était dans leur main, disaient-ils, que reposait le sort de Rome ; par leurs victoires que s’agrandissait l’État ; d’après leur nom que se nommaient les généraux.
15/430 [Ann] I, 34 Réaction des légions de Germanie à l'arrivée de Germanicus
Tacite décrit les réactions sonores diverses des soldats à l'arrivée de Germanicus auprès des légions révoltées.
Postquam uallum iniit, dissoni questus audiri coepere. […] Silentio haec uel murmure modico audita sunt. Après son entrée dans le retranchement, l’on commence à entendre des plaintes discordantes. […] Son discours fut écouté dans le silence, ou accompagné d’un faible murmure.