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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

426/430 [Dial] XX Les goûts du public en matière d'éloquence ont évolué
Le débat porte désormais sur l'évolution de la rhétorique. Aper défend ici les « modernes » et souligne que ce sont les goûts du public (uulgus/italique>) qui ont poussé les orateurs à enjoliver leurs discours.
Vulgus quoque adsistentium et adfluens et uagus auditor adsueuit iam exigere laetitiam et pulchritudinem orationis. Quant à la foule qui assiste aux procès et aux nombreux auditeurs de passage, ils ont désormais pris l’habitude de réclamer du charme et de la beauté dans les discours.
427/430 [Dial] XXIX Vices de Rome expliquant la décadence de l'éloquence
Un quatrième participant au débat, arrivé en retard, L. Vipstanus Messalla, cherche les causes du déclin de l'éloquence. Il cible particulièrement le goût des spectacles, assimilé à un vice, qui détourne les jeunes gens de la rhétorique.
Iam uero propria et peculiaria huius urbis uitia paene in utero matris concipi mihi uidentur, histrionalis fauor et gladiatorum equorumque studia : quibus occupatus et obsessus animus quantulum loci bonis artibus relinquit ? Quotum quemque inuenies qui domi quicquam aliud loquatur  ? Quos alios adulescentulorum sermones excipimus, si quando auditoria intrauimus ? J’ajoute que les vices propres attachés à notre ville se forment, me semble-t-il, dès le ventre maternel ou presque : je veux parler du goût pour les histrions et de la passion des gladiateurs et des courses de chevaux : quand ces désirs se rendent maître et assiègent l’esprit, quelle place laissent-ils pour les bonnes disciplines ? Combien en trouvera-t-on pour parler d’autre chose à la maison ? Quelles autres conversations surprenons-nous chez les jeunes gens si nous pénétrons dans une salle de lecture ?
428/430 [Dial] XXXII Éloge de l'orateur cultivé
Poursuivant son analyse des causes de la décadence de l'éloquence, Messala attaque le manque de culture des orateurs contemporains, sensible, selon lui, chez les savants mais aussi dans le grand nombre (uulgus).
Idque [sc. multarum artium scientia] non doctus modo et prudens auditor, sed etiam populus intellegit ac statim ita laude prosequitur, ut legitime studuisse, ut per omnis eloquentiae numeros isse, ut denique oratorem esse fateatur . Cette immense culture de l’orateur, ce n’est pas juste l’auditeur savant et compétent qui la comprend, mais même le peuple : celui-ci l’honore de son éloge, allant jusqu’à déclarer qu’il a fait des études convenables, qu’il a parcouru tous les rangs de l’éloquence, qu’enfin, il est orateur.
429/430 [Dial] XXXIX Les procès ne sont plus assez fréquentésd
Julius Secundus, l'un des quatre participants au débat du Dialogue, voit dans le manque de fréquentation des procès, comparés à un « désert » (solitudo), l'un des causes du déclin de l'éloquence.
Oratori autem clamore plausu que opus est et uelut quodam theatro ; qualia cotidie antiquis oratoribus contingebant, cum tot pariter ac tam nobiles forum coartarent , cum clientelae quoque ac tribus et municipiorum etiam legationes ac pars Italiae periclitantibus adsisteret, cum in plerisque iudiciis crederet populus Romanus sua interesse quid iudicaretur . L’orateur, lui, a besoin des clameurs, des applaudissements et, pour ainsi dire, d’un théâtre ; les orateurs de l’ancien temps jouissaient tous les jours de telles conditions, à une époque où tant de si nobles personnes pressaient le forum, où les clientèles aussi, les tribus et même des ambassades des municipes avec une partie de l’Italie assistaient ceux qui risquaient de perdre, où le peuple romain croyait, dans la plupart des jugements, que le résultat du procès du importait à ses affaires.
430/430 [Dial] XL La grande éloquence fleurit avec la licence
En conclusion du débat, Maternus met en lumière en paradoxe : la grande éloquence a toujours accompagné la liberté excessive, la licence (licentia) : maintenant que Rome est pacifiée, l'éloquence a perdu de son utilité et de sa force.
Non de otiosa et quieta re loquimur et quae probitate et modestia gaudeat, sed est magna illa et notabilis eloquentia alumna licentiae, quam stulti libertatem uocant , comes seditionum, effrenati populi incitamentum , sine obsequio, sine seueritate, contumax, temeraria, adrogans, quae in bene constitutis ciuitatibus non oritur . Je ne parle pas d’une tranquille occupation pour se distraire, qui se complaise dans l’honnêteté et la mesure : cette grande et noble éloquence, elle est fille de la licence que les sots appellent liberté, elle accompagne les séditions, elle excite le peuple débridé, elle n’a pas de déférence, pas de sévérité, elle est obstinée, courageuse, arrogante – et ne saurait naître dans des états bien constitués.