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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

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5/430 [Ann] I, 9-10 Totengericht d'Auguste
Commentaires anonymes qui suivent les funérailles d'Auguste et jugent la vie du premier empereur de Rome, pour une partie positivement, pour une autre négativement.
Multus hinc ipso de Augusto sermo, plerisque uana mirantibus quod idem dies accepti quondam imperii princeps et uitae supremus, quod Nolae in domo et cubiculo in quo pater eius Octauius uitam finiuisset. Numerus etiam consulatuum celebrabatur , quo Valerium Coruum et C. Marium simul aequauerat ; continuata per septem et triginta annos tribunicia potestas, nomen inperatoris semel atque uicies partum aliaque honorum multiplicata aut noua. At apud prudentis uita eius uarie extollebatur arguebaturue. Hi pietate erga parentem et necessitudine rei publicae, in qua nullus tunc legibus locus, ad arma ciuilia actum, quae neque parari possent neque haberi per bonas artis. Multa Antonio, dum interfectoris patris ulcisceretur, multa Lepido concessisse. Postquam hic socordia senuerit, ille per libidines pessum datus sit, non aliud discordantis patriae remedium fuisse quam ut ab uno regeretur . Non regno tamen neque dictatura, sed principis nomine constitutam rem publicam ; mari Oceano aut amnibus longinquis saeptum imperium ; legiones, prouincias, classis, cuncta inter se conexa  ; ius apud ciuis, modestiam apud socios ; urbem ipsam magnifico ornatu ; pauca admodum ui tractata quo ceteris quies esset. (10)Dicebatur contra : pietatem erga parentem et tempora rei publicae obtentui sumpta ; ceterum cupidine dominandi concitos per largitionem ueteranos, paratum ab adulescente priuato exercitum, corruptas consulis legiones, simulatam Pompeianarum gratiam partium ; mox ubi decreto patrum fascis et ius praetoris inuaserit, caesis Hirtio et Pansa, siue hostis illos, seu Pansam uenenum uulneri adfusum, sui milites Hirtium et machinator doli Caesar abstulerat, utriusque copias occupauisse ; extortum inuito senatu consulatum, armaque quae in Antonium acceperit contra rem publicam uersa ; proscriptionem ciuium, diuisiones agrorum ne ipsis quidem qui fecere laudatas. Sane Cassii et Brutorum exitus paternis inimicitiis datos, quamquam fas sit priuata odia publicis utilitatibus remittere : sed Pompeium imagine pacis, sed Lepidum specie amicitiae deceptos ; post Antonium, Tarentino Brundisinoque foedere et nuptiis sororis inlectum, subdolae adfinitatis poenas morte exsoluisse. Pacem sine dubio posta haec, uerum cruentam : Lollianas Varianasque cladis, interfectos Romae Varrones, Egnatios, Iullos. Nec domesticis abstinebatur : abducta Neroni uxor et consulti per ludibrium pontifices an concepto necdum edito partu rite nuberet ; Q. Tedii et Vedii Pollionis luxus ; postremo Liuia grauis in rem publicam mater, grauis domui Caesarum nouerca. Nihil deorum honoribus relictum, cum se templis et effigie numinum per flamines et sacerdotes coli uellet. Ne Tiberium quidem caritate aut rei publicae cura successorem adscitum, sed, quoniam adrogantiam saeuitiamque eius introspexerit, comparatione deterrima sibi gloriam quaesiuisse. De là, une longue discussion sur la personne d’Auguste : la plupart s’étonnait de phénomènes vains – le dernier jour de sa vie correspondait à celui où, autrefois, il avait pris le pouvoir impérial pour la première fois ; il était mort à Nole, dans la maison, dans le lit où son père, Octave, avait expiré. On proclamait le nombre de ses consulats, qui l’égalait dans le même temps à Valérius Corvus et à Marius, la puissance tribunicienne, qu’il avait eue de manière continue pendant trente-sept ans, le nom d’imperator, qu’il avait acquis vingt-et-une fois, et d’autres honneurs qu’il avait multipliés ou inaugurés. Mais parmi ceux qui réfléchissaient, on exaltait ou on dénonçait sa vie de diverses façons. Les uns affirmaient que c’était par piété filiale et obligé par la situation de l’état, où il n’y avait alors aucune place pour la loi, qu’il avait déclenché une guerre civile, que l’on ne saurait, il est vrai, préparer ou mener selon d’honnêtes procédés. Il avait fait beaucoup de concessions à Antoine et tout autant à Lépide tandis qu’il vengeait les meurtriers de son père. Une fois l’un vieilli dans sa bêtise et l’autre déchu par ses passions, il n’y avait pas d’autre remède aux discordes civiles que le règne d’un seul ; mais ce n’était pas une royauté ou une dictature qui avait fondé l’État, mais le nom d’un prince. Les limites de l’empire, ce fut l’Océan ou des fleuves éloignés qui les fixèrent ; les légions, les provinces, la flotte : toutes les parties faisaient corps ensemble ; aux citoyens le droit, aux alliés la modestie ; la ville elle-même se parait de magnificence ; un petit nombre de mesures, tout au moins, avaient été prises avec force pour que le calme règne partout ailleurs. On leur rétorquait que, concernant sa piété filiale et les difficultés de l’État, elles avaient été recueillies comme des prétextes ; qu’au reste, son désir de domination l’avait conduit à exciter les vétérans à force de largesses, à se ménager, alors adolescent et homme privé, une armée, à corrompre les légions d’un consul, à simuler la complaisance pour le parti pompéien ; puis, lorsque, par un décret des sénateurs, il s’était jeté sur les faisceaux, droits des préteurs, une fois Hirtius et Pansa tués, soit que les ennemis les eussent enlevés, soit que, pour Pansa, ce fût du poison versé sur sa blessure, pour Hirtius, l’action de ses propres soldats et[, derrière,] la machination de César, il avait pris possession de leurs troupes respectives ; son consulat avait été arraché aux sénateurs contre leur gré, et les armes qu’il avait reçues pour lutter contre Antoine, il les avait tournées contre l’État ; il avait proscrit des citoyens, fait une réforme agraire sans même que ceux qui avaient fait ces mesures ne l’en louassent. Certes, la mort de Cassius et de Brutus avait été attribuée aux haines de son père, quoiqu’il soit permis de concéder les rancœurs privées à l’utilité publique ; mais Pompée, c’était l’image de la paix, et Lépide, l’apparence de l’amitié qui les avaient trompés ; dans la suite, Antoine, que les traités de Tarente et de Brindes ainsi que les noces de sa sœur avaient séduit, avait payé par la mort le prix d’une proximité fourbe. Aucun doute : c’est la paix qui y avait succédé, mais une paix sanglante : massacres de Lollius et de Varus, meurtres, à Rome, des Varron, des Egnatius, des Iulle. Et l’on n’évitait pas ses affaires privées : il avait enlevé à Néron sa femme et consulté par moquerie les pontifes pour savoir s’il était conforme à la religion de se marier enceinte si l’on n’avait pas encore accouché ; il y avait eu les débauches de Q. Tedius et de Vedius Pollio ; puis Livie, cette mère pénible pour l’État, cette marâtre pénible pour la maison des Césars. Il n’avait rien laissé pour honorer les dieux alors qu’il voulait être, dans les temples et avec les images des divinités, l’objet du culte des flamines et des prêtres. Même dans l’adoption de Tibère, il n’avait pas fait preuve de tendresse ou de soin pour l’état ; au contraire, parce qu’il avait remarqué sa superbe et sa cruauté, il avait cherché, par une comparaison qui serait au désavantage de Tibère, à augmenter sa propre gloire.
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