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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

n° 83 [Ann] IV, 10-11 Rumeur sur la mort de Drusus
À la fin de sa narration de la mort de Drusus, Tacite rapporte une rumeur selon laquelle Tibère aurait consciemment empoisonné son fils. N'y croyant pas, il développe plusieurs arguments qui rendent cette hypothèse caduque à ses yeux, dans un passage au ton méthodologique très prononcé.
In tradenda morte Drusi, quae plurimis maximaeque fidei auctoribus memorata sunt rettuli, set non omiserim eorundem temporum rumorem ualidum adeo ut nondum exolescat […]. (11) Haec uulgo iactata, super id quod nullo auctore certo firmantur, prompte refutaueris. […] Sed quia Seianus facinorum omnium repertor habebatur, ex nimia caritate in eum Caesaris et ceterorum in utrumque odio quamuis fabulosa et immania credebantur, atrociore semper fama erga dominantium exitus . […] Mihi tradendi arguendique rumoris causa fuit ut claro sub exemplo falsas auditiones depellerem peteremque ab iis quorum in manus cura nostra uenerit ne diuulgata atque incredibilia auide accepta ueris neque in miraculum corruptis antehabebant. Pour raconter la mort de Drusus, j’ai rapporté les éléments dont les plus nombreux et les plus solides garants ont fait mention, mais je ne saurais omettre une rumeur qui a couru à la même époque et qui a été vigoureuse au point de ne pas s’être encore éteinte. […] Voilà ce que la foule n’a cessé de débattre ; outre le fait qu’aucun garant incontestable n’aille dans ce sens, il serait aisé de le réfuter. […] Mais parce que l’on considérait Séjan comme l’inventeur de tous les crimes et à cause de l’affection excessive que Tibère lui portait ainsi que de la haine de tous les autres contre ces deux hommes, l’on allait jusqu’à croire des propos d’un monstrueux propre aux fables ; de fait, aussi, la renommée est toujours plus violente quand il s’agit de la mort des puissants. Pourquoi ai-je rapporté et discrédité cette rumeur ? Mon but était d’écarter, en ayant recours à un exemple éclatant, ces bruits fallacieux que l’on entend : je demande ainsi à ceux qui auront entre leurs mains mon travail de ne pas prêter une oreille avide à des ouï-dire invraisemblables et de ne pas les préférer à une vérité qui ne se gâte pas à rendre tout extraordinaire.