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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

Affichage du corpus

En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

n° 55 [Ann] III, 5-6 Rumeurs critiquant l'organisation des honneurs funèbres rendus à Germanicus
Pendant (ou après) les « funérailles » de Germanicus à Rome, on entendit, selon Tacite, des commentaires, qualifiés ensuite de rumeurs, critiquant l'attitude de Tibère, en retrait, et les maigres honneurs rendus à Germanicus à cette occasion.
Fuere qui publici funeris pompam requirerent compararentque quae in Drusus patrem Germanici honora et magnifica Augustus fecisset. Ipsum quippe asperrimo hiemis Ticinum usque progressum neque abscedentem a corpore simul urbem intrauisse ; circumfusas lecto Claudiorum Iuliorumque imagines ; defletum in foro, laudatum pro rostris, cuncta a maioribus reperta aut quae posteri inuenerint cumulata : at Germanico ne solitos quidem et cuicumque nobili debitos honores contigisse. Sane corpus ob longinquitatem itinerum externis terris quoquo modo crematum ; sed tanto plura decora mox tribui par fuisse quanto prima fors negauisset. Non fratrem nisi unius diei uia, non patruum saltem porta tenus obuium. Vbi illa ueterum instituta , propositam toro effigiem, meditata ad memoriam uirtutis carmina et laudationes et lacrimas uel doloris imitamenta  ? (6) Gnarum id Tiberio fuit ; utque premeret uulgi sermones, monuit edicto multos inlustrium Romanorum ob rem publicam obisse, neminem tam flagranti desiderio celebratum. Il y en eut pour réclamer l’apparat attaché aux funérailles publiques, et pour comparer le sublime des honneurs faits par Auguste à Drusus, le père de Germanicus. De fait, disaient-ils, l’empereur en personne, au plus rude de l’hiver, s’était avancé jusqu’à Ticinum et, sans s’éloigner du corps, était entré en même temps que lui dans la ville ; son lit avait été entouré des portraits de Claudii et de Iulii ; on l’avait pleuré sur le forum, loué aux rostres, faisant appel à tout ce que les ancêtres avaient imaginé ou que leurs successeurs avait inventé ; Germanicus, lui, n’avait pas même joui des honneurs traditionnellement dus à quelque personne noble que ce soit. Certes, la longueur du voyage les avait poussés à trouver un moyen de bruler son corps en terre étrangère ; mais il était d’autant plus convenable de lui attribuer plus d’honneur que le hasard l’avait d’abord empêché. Mais son frère ne s’était présenté que lorsqu’il était à un jour de voyage, et son oncle n’était pas même allé aux portes ! Où donc étaient passé les fameuses institutions des ancêtres, la statue posée devant le lit funèbre, les poèmes crées à la mémoire de sa valeur et les éloges, et les larmes, ou du moins l’imitation de la douleur ? (6) Tibère appris ces mots ; et pour réprimer les paroles de la foule, il fit observer par un édit que de nombreux Romains illustres étaient morts pour l’État, mais que personne d’avait été honoré d’un regret si brûlant.