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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

n° 390 [Hist] V, 25 Les Bataves se retournent contre Civilis
Le changement de fortune poussa les peuples transrhénans, alliés de Civilis et soutiens de la révolte batave, à se retirer de la lutte contre les Romains, suite à d'habiles négociations de la part de Petilius Cerialis. Le doute s'étendit aux Bataves eux-mêmes, qui s'en prit à leur chef.
Miscebantur minis promissa ; et concussa Transrhenanorum fide inter Batauos quoque sermones orti : non prorogandam ultra ruinam, nec posse ab una natione totius orbis seruitium depelli . Quid profectum caede et incendiis legionum nisi ut plures ualidioresque accirentur ? Si Vespasiano bellum nauauerint, Vespasianum rerum potiri  ; sin populum Romanum armis uocent, quotam partem generis humani Batauos esse ? Respicerent Raetos Noricosque et ceterorum onera sociorum : sibi non tributa, sed uirtutem et uiros indici. Proximum id libertati ; et si dominorum electio sit, honestius principes Romanorum quam Germanorum feminas tolerari . Haec uulgus, proceres atrociora : Ciuilis rabie semet in arma trusos ; illum domesticis malis excidium gentis opposuisse. Tunc infensos Batauis deos, cum obsiderentur legiones, interficerentur legati, bellum uni necessarium, ferale ipsis sumeretur. Ventum ad extrema, ni resipiscere incipiant et noxii capitis poena paenitentiam fateantur. L’on mêlait aux menaces les promesses ; et comme la fidélité des peuples au-delà du Rhin avait été ébranlée, des rumeurs apparurent aussi chez les Bataves : il ne fallait pas continuer à mener ces opérations catastrophiques : l’asservissement du monde tout entier ne pourrait être mis à bas par un seul peuple. Quel avait été l’intérêt de tuer et de brûler les légions, sinon qu’on en avait fait venir d’autres, plus nombreuses et plus fraiches ? Si c’était pour Vespasien qu’ils avaient mené avec zèle cette guerre, Vespasien détenait maintenant le pouvoir ; mais si c’était le peuple romain que leurs armes provoquaient, quelle petite portion du genre humain les Bataves représentaient-ils ? Qu’ils regardent donc les Rhètes, les habitants du Norique et les charges des autres alliés : on ne leur imposait pas des tributs, mais du courage et des guerriers. Voilà qui n’était pas bien loin de la liberté ; et s’ils avaient le choix de leur maîtres, il leur semblait plus honorable de tolérer l’élite de Rome que les femmes des Germains. Voilà ce que disait la foule ; les nobles, eux, étaient plus sévères. C’était la folie de Civilis qui les avait poussés à combattre ; c’est lui qui avait opposé à des maux privés la ruine de leur peuple. Les dieux s’étaient mis à haïr les Bataves au moment où les légions avaient été assiégées, les légats tués, et qu’on avait déclaré une guerre nécessaire à un seul homme mais funeste pour eux-mêmes. Ils étaient arrivés à une situation critique, à moins qu’ils ne commencent à se repentir et que, en punissant une tête criminelle, ils ne manifestent leurs regrets.