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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

n° 369 [Hist] IV, 46 Réorganisation du prétoire par Mucien
La fin de la guerre civile laissait Rome avec un problème d'effectif militaire, en particulier chez les prétoriens : aux soldats installés par Vitellius s'ajoutaient les vainqueurs flaviens, qui pouvaient prétendre à être incorporés à cette armée d'élite, et les anciens Othoniens, qui s'étaient engagés assez tôt du côté de Vespasien, et cherchaient à regagner leur place. En l'absence de Vespasien, ce fut Mucien qui s'occupa (énergiquement) de régler la situation. Il recourut à une mise en scène qui donna à croire aux Vitelliens vaincus qu'ils allaient être décimés.
Praetorianam militiam repetebant a Vitellio dimissi, pro Vespasiano congregati ; et lectus in eandem spem e legionibus miles promissa stipendia flagitabat . […] Vt uero huc illuc distrahi coepere [Germanici Britannicique milites], metus per omnis et praecipua Germanici militis formido , tamquam ea separatione ad caedem destinaretur. Prensare commanipularium pectora, ceruicibus innecti, suprema oscula petere, ne desererentur soli neu pari causa disparem fortunam paterentur ;  modo Mucianum, modo absentem principem, postremum caelum ac deos obtestari, donec Mucianus cunctos eiusdem sacramenti, eiusdem imperatoris milites appellans , falso timori obuiam iret ; namque et uictor exercitus clamore lacrimas eorum iuuabat. Isque finis illa die. Paucis post diebus adloquentem Domitianum firmati iam excepere : spernunt oblatos agros , militiam et stipendia orant. Preces erant, sed quibus contra dici non posset ; igitur in praetorium accepti. Les prétoriens dissous par Vitellius revendiquaient leur poste : ils s’étaient rassemblés en faveur de Vespasien. Par ailleurs, des soldats choisis dans les légions [flaviennes] étaient conduits aux mêmes espérances et demandaient ce salaire qui leur avait été promis. […] Mais lorsque les soldats germains et bretons commencèrent à être répartis dans tel ou tel groupe, ce fut la crainte chez tous, et le plus gros de la peur fut ressentie par les Germains : on les destinait à la mort, pensaient-ils, par cette division. Ils se mirent à étreindre leur compagnons de manipule, à s’attacher à leur cou, à demander un ultime baiser : ils défendaient qu’on ne les isolât, qu’une même cause ne leur coûtât un destin différent ; c’est tantôt Mucien, tantôt le prince absent, et enfin le ciel et les dieux qu’ils prennent à témoin, jusqu’à ce que Mucien, les appelant tous soldats du même serment, du même empereur, ne dissipât cette fausse angoisse ; et, de fait, l’armée victorieuse aussi secondait leurs larmes par sa clameur. Ce fut-là la fin de cette journée. Quelques jours plus tard, déjà raffermis, ils accueillirent le discours de Domitien ; ils méprisent les terres qu’on leur offre, demandent le service et sa solde. C’étaient bien des prières, mais de celles que l’on ne peut contredire ; par conséquent, on les incorpora aux prétoriens.