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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

n° 247 [Hist] I, 55 Les légions de Germanie prêtent serment à Galba
La prestation de serment à l'empereur, ici Galba, qui avait lieu le 1er janvier dans les légions romaines, fut particulièrement complexe en Germanie inférieure (commandée par Vitellius) et en Germanie supérieure (commandée par Hordeonius Flaccus). Selon les légions, les réactions de contestation allèrent du silence et des protestations orales à un véritable refus, accompagné de gestes violents, dans l'armée de Germanie supérieure.
Inferioris tamen Germaniae legiones sollemni kalendarum Ianuariarum sacramento pro Galba adactae , multa cunctatione et raris primorum ordinum uocibus, ceteri silentio proximi cuiusque audaciam expectantes, insita mortalibus natura, propere sequi quae piget inchoare . Sed ipsis legionibus inerat diuersitas animorum : primani quintanique turbidi adeo ut quidam saxa in Galbae imagines iecerint : quinta decima ac sexta decima legiones nihil ultra fremitum et minas ausae initium erumpendi circumspectabant. At in superiore exercitu quarta ac duetuicensima legiones, isdem hibernis tendentes, ipso kalendarum Ianuariarum die dirumpunt imagines Galbae, quarta legio promptius, duetuicensima cunctanter, mox consensu . Ac ne reuerentiam imperii exuere uiderentur, senatus populique Romani oblitterata iam nomina sacramento aduocabant , nullo legatorum tribunorumue pro Galba nitente, quibusdam, ut in tumultu, notabilius turbantibus. Cependant, les légions de Germanie Inférieure furent poussées à prêter le serment formel à Galba aux calendes de janvier : ce fut une grande hésitation – l’on entendit de rares voix chez les centurions du plus haut grade, mais pour le reste, ce fut le silence : tous attendaient une manifestation d’audace de la part de leur voisin. Car c’est là la nature humaine : l’on est rapide à suivre ce qu’il pèse de commencer. Mais les légions elles-mêmes étaient dans des états d’esprit divers : ceux de la première et de la cinquième légions étaient troublés au point que certains jetèrent des pierres sur les portraits de Galba. La quinzième et la seizième légions n’osèrent guère plus qu’un frémissement menaçant : elles guettaient les débuts de la révolte. En revanche, dans l’armée de Germanie Supérieure, la quatrième et la vingt-deuxième légions, qui campaient dans les mêmes quartiers d’hiver, détruisent les portraits de Galba le jour précis des calendes de janvier, la quatrième avec plus d’empressement, la vingt-deuxième en hésitant, avant d’en venir à une ligne commune. Et pour éviter de paraître renier le respect dû à l’empire, elles firent appel, dans leur serment, aux noms déjà effacés du Sénat et du peuple romain ; aucun légat ou tribun ne s’efforçait de défendre Galba, et certains, comme il est normal dans le tumulte, troublaient la situation de manière plus notable.