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Voix de la Foule chez Tacite

Extemplo Libyae magnas it Fama per urbes, / Fama, malum qua non aliud velocius ullum [...]

(Virgile, Énéide, 4.173-174)

Illustration médiévale de la Fama

Illustration de l'édition Brant de l'Énéide, Strasbourg 1502

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En jaune, les termes renvoyant à une vocalisation collective. En vert, le discours indirect rattaché à la foule.

n° 214 [Ann] XVI, 4-5 Néron se produit sur scène lors des seconds Neronia
Lors des seconds Neronia, qui eurent lieu au printemps 65, Néron se décida à chanter sur le théâtre de Rome, pour la première fois en pleine publicité dans l'Vrbs. Tacite s'intéresse tout particulièrement aux réactions du public, serviles pour la plèbe romaine, hésitantes pour les autres.
Sed Nero nihil ambitu nec potestate senatus opus esse dictitans, se aequum aduersum aemulos et religione iudicum meritam laudem adsecuturum , primo carmen in scaena recitat ; mox flagitante uulgo ut omnia studia sua publicaret (haec enim uerba dixere) ingreditur theatrum, cunctis citharae legibus obtemperans, ne fessus resideret, ne sudorem nisi ea quam indutui gerebat ueste detergeret, ut nulla oris aut narium excrementa uiserentur. Postremo flexus genu et coetum illum manu ueneratus sententias iudicum opperiebatur ficto pauore. Et plebs quidem urbis, histrionum quoque gestus iuuare solita, personabat certis modis plausu que composito . Crederes laetari, ac fortasse laetabantur per incuriam publici flagitii . (5) Sed qui remotis e municipiis seueraque adhuc et antiqui moris retinente Italia, quique per longinquas prouincias lasciuia inexperti officio legationum aut priuata utilitate aduenerant, neque aspectum illum tolerare neque labori inhonesto sufficere, cum manibus nesciis fatiscerent, turbarent gnaros ac saepe a militibus uerberarentur, qui per cuneos stabant ne quod temporis momentum impari clamore aut silentio segni praeteriret . Mais Néron ne cessait de répéter qu’il n’avait en rien besoin de la brigue ou de la puissance du Sénat : il serait au même niveau que ses adversaires et obtiendrait une gloire mérité grâce à la conscience des juges. Il commence donc par réciter un poème sur la scène ; puis, comme la foule réclamait instamment qu’il exposât au public toutes ses capacités – ce furent en effet les paroles qu’ils prononcèrent –, il entre dans le théâtre, se conformant à toutes les règles de la cithare – ne pas s’asseoir par fatigue, ne pas essuyer sa sueur avec d’autre habit que celui qu’il portait, ne pas montrer les excrétions de sa bouche ou de son nez. Enfin, il fléchit le genou et, après avoir honoré cette assemblée d’un geste de main, il attendait la décision des juges en feignant la peur. Et, certes, la plèbe de la ville, habituée à supporter aussi les mimiques des histrions, retentissait d’applaudissements rythmés par des mesures précises. On aurait dit qu’ils étaient heureux, et peut-être l’étaient-ils, eux qui n’avaient cure du scandale public. (5) Mais ceux qui venaient de municipes éloignés et de cette Italie qui, encore sévère, conservait les mœurs antiques, tout comme ceux qui ne connaissaient pas cette débauche parce qu’ils arrivaient de provinces distantes pour une ambassade ou pour une affaire privée, ceux-là ne supportaient pas ce spectacle et n’étaient pas à la hauteur de ce travail malhonnête : leurs mains ignorantes se fatiguaient et troublaient ceux qui savaient, et ils étaient souvent battus par les soldats qui se tenaient le long des gradins afin qu’il ne s’écoulât pas une seconde avec moins d’acclamations ou dans un silence nonchalant.